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jeudemeure libres pensées ← articles plus anciens 15 août 2018 répéter (3) dans des cahiers inédits diffusés auprès d’amis je retrouve des propos rares de stephen jourdain qui disent tout ce qu’il faut rappeler, préciser, répéter et disposer en une unique arche d’attestation, non logique, mais simplement comme un étoilement de mots capables d’éclairer le ciel de notre possible paradis… musique : « nous avons tous la possibilité d’entendre notre propre vie, qu’elle soit douloureuse ou non, comme une musique. ce qui permet de mettre le doigt sur une chose extraordinaire, c’est que nous n’entendons jamais la musique. nous l’entendons auditivement, mais dans les autres registres de la sensibilité, nous ne l’entendons pas… les notes visuelles sont des notes comme les notes auditives et donc nous devrions pouvoir synthétiser tout cela en une mélodie et entendre un chant et une musique. or nous n’opérons jamais cette synthèse, et la défaillance de cette activité synthétique correspond à une utilisation tout à fait définie de l’attention qui est une manière imparfaite d’user de la faculté d’attention. cette faculté d’attention doit se diriger dans toutes les directions, elle doit embrasser tout en une seule fois… » philosophie : « se poser des questions est une façon d’être vivant. sinon, cette paresse d’esprit débouche sur une philosophie obscure, mais très courante, à savoir, tout coule de source, tout est naturel, rien n’est étonnant dans le fond… l’esprit est un mystère colossal, la conscience que nous avons de nous-mêmes, qui est la texture même de ce que nous appelons notre esprit, est un mystère énorme, un miracle étincelant… et nous ne le voyons jamais ! » le corps ? « il y a le corps vécu et le corps su, le corps ‘scolaire’… ce qui est vrai de mon corps est vrai de toute autre perception. il y a ce que je sais à propos du cendrier et puis il y a la perception directe, fondamentale, du cendrier. en fait, ce que je sais à propos du cendrier constitue une espèce de simulacre de cendrier qui masque le cendrier édénique et glorieux… il y a ce que je sais à propos de mon corps, et ceci n’a rien à voir avec mon corps, c’est de la pensée : rien. le vrai corps est l’expérience d’être, un être concret, qui circule au milieu d’un monde concret. notre vrai corps n’est jamais immobile : il est fondamentalement dynamique. » la création : « au bout de très longtemps, j’ai interprété la force avec laquelle l’unité tend à se mettre sous cette forme duelle non pas comme une fatalité mais comme la mise en place de la création. il y aurait donc l’unité. en langage chrétien, ce serait dieu. puis il y aurait le fils (ça fait déjà deux) et la mise en place foudroyante de la création, l’apparition d’eden. le problème ne serait pas la dualité elle-même puisque le un, tout à fait légitimement, engendrerait le deux, la dualité. le problème est la façon dont nous allons traiter cette dualité, à titre personnel. » responsables : « nous sommes civilement responsables. la question est de savoir si nous sommes pénalement responsables. je ne conclurai pas sur ce point. a titre personnel, je me suis pris la main dans le sac, avec une paire de ciseaux satanique, en train de couper la relation qui m’unissait à toute chose. c’est bien moi qui le faisait à titre personnel et maintenant je suis très fier parce que j’ai inventé une sécotine et j’ai réparé. – pourquoi sommes-nous en état de délire ? il y a deux manières de répondre à cette question. la première est de répondre à la question sur le plan intellectuel. je ne crois pas que ceci soit très fécond… en vérité, celui qui pose la question, la question et tout ce que désigne la question, tout ceci vraiment n’est rien… en d’autres termes : peut-être existe-t-il une réponse intellectuelle ou philosophique à ce pourquoi, peut-être existe-t-il une réponse, mais peut-être pas. de toute façon, la vraie réponse est dans la récusation de la question, dans la non-existence de la question, du questionneur et de ce qui était impliqué dans la question. la vraie réponse est donc de type existentielle, non intellectuelle. » la conscience : « le mot conscience est le mot clef… la conscience n’est pas une lumière que nous subissons passivement. elle est l’acte par lequel je communique avec moi-même et je suis partie prenante de cette lumière… la miracle de la conscience est en nous, en nous-mêmes dans le sein le plus profond de ce que nous appelons ‘nous-mêmes’. il y a un ‘moi’ et ce ‘moi’ est sa propre transparence. miracle, miracle absolu ! ce miracle fait la différence entre une machine à penser… et un être humain. quand un homme produit une pensée, il se sait lui-même produisant cette pensée. il y a quelqu’un. une machine ne le sait pas, c’est un néant. » la source : « la source, qui est-ce ? c’est moi ! le soi, le moi ? non, moi : immédiatement-tout-de-suite ! concrètement : moi. au sein de moi-même, je n’ai pas d’apparence, pas de consistance, pas de forme, pas de couleur. c’est le mystère de l’esprit… je me sais… il y a cette intuition fondamentale qui est la connaissance de soi directe que l’on appelle conscience… il n’y a aucune espèce de différence entre moi et le miracle de la conscience. séparer ces deux principes est une espèce de suicide spirituel. » création, imagination : « quand je regarde le cendrier, j’ai une évocation imaginaire de la partie du cendrier que je ne vois pas. en ce moment je ne vois strictement rien de moi-même. pourtant j’ai une image de moi-même. cette image, comment la qualifier ? ce n’est pas une image réelle, ce n’est pas une image sensorielle ! si ce n’est ni l’une ni l’autre, quelle est la seule source possible de cette image ? c’est mon esprit ! a ce moment-là, comment s’appelle cette image ? imaginaire ! on voit bien qu’il y a un imaginaire qui est de source personnelle et qui est entaché d’irréalité et il y a un imaginaire qui, bien que jaillissant du tréfonds de la personne jaillit indépendamment de la personne. cet imaginaire-là doit être traité comme réel. ce qui est très audacieux ! coûte que coûte, même si je me démontre à moi-même que tout ceci a jailli de mon esprit, je dois le traiter comme réel… mon intériorité n’est pas réductible à ma subjectivité. » l’ultime réalité : « j’ai découvert, contrairement à ce que l’on attendait, à l’encontre de toute évidence, que le ciel dans lequel se levait cette ultime réalité de soi n’est pas le ciel de la réalité ! c’est, d’une certaine façon, le ciel de l’irréalité ou le ciel de l’irréel pur ! le royaume de l’irréel est celui de l’esprit, de « mon esprit », quand celui-ci est régénéré. nous faisons tous parfaitement la différence entre objectivité, subjectivité, on sait qu’on ne peut pas toucher à l’esprit… mais en vérité on le traite comme s’insérant dans le tissu du réel, comme une réalité… il est clair que le monde de l’esprit que l’on traite à peu près correctement intellectuellement, a une grande fluidité par rapport au monde dit matériel, ou dit extérieur, que ce monde en vérité possède pour nous une réalité, donc participe de la dimension de la réalité mais il faut ajouter cette précision : ceci est la perversion de l’esprit. notre esprit capable de s’opposer à nous, en tant qu’annexe ou singularité du monde de la réalité : c’est une imposture. notre esprit est dans sa nature radicalement différent. j’ai découvert que le soleil de la conscience ne pouvait se lever que dans le ciel de l’irréalité. » et ces mots magiques : l’idée se… le rappeler encore ? j’y tiens par dessus tout ! c’est sans distance. et il n’y a plus de recherche. c’est à la découverte de soi-même, personnellement et à la source unique du procès où cela arrive à quelqu’un qui se manifeste – soit porteur révélateur de lumière, soit acteur d’une seule distorsion. mais le travail a été fait, de connaissance – le voyage initiatique et le travail philosophique de l’élucidation d’une seule histoire, et de toute histoire car il n’est qu’un seul moi. quand les mots ont été dit, il y a le sil